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dimanche 9 octobre 2011

La vraie nature du bonheur

La vraie nature du bonheur
L'homme moderne considère le bonheur comme quelque chose de tout à fait distinct de l'individu et de tout à fait extérieur à lui.
Voilà qui prend une extrême gravité.
Si le bonheur est quelque chose en moi et que je ne le rencontre pas, à qui puis-je m'en prendre, sinon à moi-même ?
Personne n'a pu me tromper, personne me contraindre, personne m'opprimer ; moi seul je suis donc responsable de mes infortunes et de mes mécomptes.
 
 Mon bonheur était en ma possession, il ne dépendait que de moi ou de le créer, ou de le conserver.
C'est donc volontairement que par mes actes j'ai maintenu ou détruit ce droit inné en tout homme.
Si le bonheur est une chose purement intérieure, quoi qu'il m'arrive, la justice est satisfaite ; mais s'il est une chose extérieure, la question prend un aspect bien différent.
Je puis me considérer en toute occasion comme lésé, si je ne l'atteins pas.
 
Tout obstacle est une injustice, puisque cet obstacle m'empêche de franchir la distance qui me sépare de mon bien légitime.
Ce bien m'est extérieur ; force m'est donc d'aller le chercher et de poser la main sur lui, ce que je n'aurais pas à faire, s'il ne dépendait que des mouvements de mon être intime, et alors qui donc a le pouvoir de m'arrêter ? Le moindre retard est un déni de justice, la moindre entrave un acte illégal, tout ce qui se dresse devant moi m'est ennemi.
J'ai le droit d'accuser tout le monde, sauf moi-même, de mes infortunes. Vous voyez d'ici les conséquences ; vos lois me sont une gêne, je les foule aux pieds ; vos institutions me sont un fardeau, j'en débarrasse mes épaules en les jetant à terre ; la révolte devient ainsi le plus légitime des sentiments et le plus sacré des droits.
Qui croirait qu'il y ait tant de choses et de si terribles dans cette simple proposition philosophique d'aspect si bénin : le bonheur est extérieur à l'individu et ne dépend pas de sa volonté et de ses efforts ?
 
Au contraire, si le bonheur est une chose intérieure, de pareils dangers n'existent pas, car alors l'individu, seul est responsable.
Aussi est-ce vers cette opinion plutôt que vers la précédente que les sages ont penchée de tout temps.
Des deux opinions, elle est en effet la moins aventureuse et celle qui contient certainement la plus grande part de vérité.
 
Emile Montégut,
Essais de Morale et de Littérature,
Revue des Deux Mondes,
15 décembre 1864

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